La Ziar Générale de Serigne Babacar Sy -- Une provision spirituelle pour l'âme
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Chaque année, au cœur d'un mois béni où les cœurs aspirent à la proximité divine, la communauté tidjane du Sénégal et du monde entier se tourne vers un événement d'une portée incommensurable : la Ziar Générale de Serigne Babacar Sy. Plus qu'un simple pèlerinage, cette visite pieuse constitue une véritable provision spirituelle -- une occasion unique de puiser aux sources de la baraka, de renouveler son engagement dans la voie tidiane, et de se reconnecter à l'héritage sacré des saints de la Tariqa.
1. Un héritage historique et spirituel : la naissance des Dahiras
L'histoire des Dahiras – ces cercles de disciples – a été initiée sous l'impulsion de Cheikh Seydil Hadj Malick Sy, puis structurée par son fils et successeur Serigne Babacar Sy (1885?1957). Elle témoigne de la profondeur d'une tradition qui allie piété, éducation et solidarité.
Les prémices (dès 1920)
Avant même la fondation officielle de la première Dahira, un mouvement avait pris forme dès 1920. Des femmes léboues se rendirent chez Cheikh Seydil Hadj Malick Sy pour exprimer leur désir d'émancipation : elles aspiraient à mener des vies semblables à celles des hommes – travailler aux champs, fréquenter la mosquée et participer aux séances de dhikr en groupe. En réponse, le Cheikh les organisa en un groupe, versant lui?même les 5 premiers francs de cotisation. Son objectif était de réduire les pratiques culturelles comme le Ndaw Rabine (danse traditionnelle léboue) et de créer un cadre propice à l'éducation religieuse.
La création de la première Dahira (1927)
Après le départ de Cheikh Seydil Hadj Malick Sy, son successeur, Serigne Babacar Sy – également appelé Cheikh Al Khalifa – prit l'initiative de fonder la Dahira. La première fut la Dahiratul Kiram, établie en 1927 au boulevard de la République, dans la maison de Iba Ndiaye Djadji.
Cette création ne se fit pas sans controverse. Certains anciens la qualifièrent d'innovation (bid'a), affirmant que « Mame Maodo » (Cheikh Malick Sy) n'avait pas instauré de Dahira de son vivant. Serigne Babacar Sy répondit avec fermeté :
« Moi, successeur de Maodo, c'est moi qui ai créé la Dahira. »
(Source : Imam Mansour Diene)
L'inspiration divine du nom « Dahira »
Serigne Babacar Sy puisa l'inspiration du nom dans une vision cosmique : il contempla les anges disciples de Seydina Cheikh Ahmad Tijani organisés en groupe. La lettre « D » de Dahira symbolise Diiné (la religion). Ainsi, la Dahiratul Kiram est considérée comme la matriarche de toutes les Dahiras du Sénégal. C'est d'ailleurs cette organisation qui demanda la première un jour dédié pour célébrer sa Ziar auprès du vénéré maître Cheikh Al Khalifa Aboubacar Sy – donnant naissance à ce que l'on appelle aujourd'hui la Ziar Générale.
(Source : Alpahim Mayoro)
2. Qu'est?ce qu'une Dahira ? Définitions
Définition du professeur Rawhane
« Un cercle d'adeptes se réclamant d'un marabout, qui se mettent à son service pour recevoir en contrepartie sa bénédiction. »
(Pensée et Action -- Vie et œuvre d'El Hadj Malick Sy)
Ces cercles se sont développés considérablement sous l'action d'Ababacar Sy (Serigne Babacar Sy), unissant les disciples vivant parfois loin du centre religieux.
Définition du professeur Abdoul Azize Kébé
« Les Dahiras sont des cercles de ralliement spirituel, culturel et social. Serigne Babacar Sy les avait instaurées pour permettre aux disciples, vivant dans les centres urbains, de trouver des foyers où exercer leur spiritualité dans la mutualisation des ressources. C'est une nouvelle forme de territorialité qui substituait à la déterritorialité consécutive à l'urbanisation et à l'exode. Cette nouvelle territorialité s'organisait non plus autour de la géographie patriotique mais autour de la source spirituelle. »
(Source : Professeur Abdoul Azize Kébé, Saabab Loulen)
3. L'importance des Dahiras
Les Dahiras ne furent pas de simples groupes de prière. Ils jouèrent un rôle central dans la consolidation de l'Islam face à la colonisation, tout en permettant l'observance de règles de conduite.
« Dahiras et les affluences qu'ils connaissaient contribuaient à la consolidation de l'Islam face à la colonisation autant qu'ils permettaient l'observance de règles de conduite. »
Ces associations à caractère religieux fonctionnaient sur une base très souple : l'adhésion se faisait sans autre formalité que la manifestation de la volonté de la personne intéressée. Leur existence ne reposait ni sur des statuts écrits, ni sur un règlement intérieur formel.
Les règles de vie coutumières
Tout ce que l'on demandait aux membres du dâ'ira était de se soumettre à un certain nombre de règles de vie à caractère coutumier :
- Soumission à la volonté majoritaire
- Disponibilité au profit et au service de tous
- Solidarité totale dans les beaux et les mauvais jours
Un cadre pour la sécurisation et l'épanouissement
Une telle organisation apparaissait comme un cadre approprié pour la sécurisation et l'épanouissement tant spirituel que social de l'individu. Elle regroupait « les musulmans épars ou esseulés et enclins, de ce fait, à céder aux tentations de l'aliénation culturelle d'inspiration coloniale et à la perdition morale ». Elle était également « une école de discipline, d'obéissance, de travail en commun, de goût du sacrifice au profit de la collectivité ».
Le dâ'ira se présentait aussi comme un cadre de sécurisation sociale avec sa loi morale et ses règles, qui défaisait tout ce que le système colonial s'acharnait à entreprendre pour gagner les âmes à sa cause.
Activités concrètes des Dahiras
Outre des interventions ponctuelles (naissances, baptêmes, mariages, décès), le dâ'ira impliquait plus étroitement tous ses membres dans :
- L'animation de chants religieux la nuit du jeudi.
- L'organisation matérielle des fêtes marquant la fin du Ramadân (Korité) ou la fête du Sacrifice (Tabaski).
- La célébration de la naissance du Prophète Muhammad (salla Allahu 'alayhi wa sallam).
Bien que certains dahiras menaient leurs activités au niveau du quartier, l'historien sénégalais M. Thiam note qu'« il existait [entre eux] des liens de nature fédérale qui essayaient de coordonner leurs activités, d'unifier leurs efforts et de rationaliser leurs domaines d'intervention ».
Travaux d'utilité publique
Les membres du dâ'ira s'adonnaient aussi à des travaux d'utilité publique :
- Organisation et contrôle des cotisations pour la construction des mosquées.
- Élaboration des plans, démarches administratives pour obtenir les terrains.
- Passation des marchés et gestion des édifices après construction.
L'objectif final : une stratégie de combat spirituel
L'objectif final que le guide spirituel visait était, d'une part, la constitution et la consolidation de la confraternité capable de faire face aux visées des colonisateurs. D'autre part, le Saint Homme tenait à faire de l'Islam l'affaire de tout le monde.
« Il ne serait peut-être pas excessif de dire que la tenue de ces forums religieux contribuait, et continue à contribuer jusqu'à nos jours, à enraciner l'observance des règles de conduite qui entrait ainsi dans les mœurs et se matérialisait à travers les comportements individuels et collectifs de tous les jours et de façon progressive. »
Ainsi, la formation des dâ'iras et la commémoration du Gamou constituaient, entre autres moyens, des pièces maîtresses dans la stratégie de combat spirituel que l'auteur de la Kifâya (Cheikh Malick Sy) entendait mener et menait effectivement sur tous les fronts.
(Source : Pensée et Action, Tome 1, pages 648?649)
4. La Ziar: cœur de l'éducation spirituelle tidjane
La visite du mausolée de Serigne Babacar Sy n'est pas un simple rituel. C'est un moment de grâce où le disciple, par une intention pure (ikhl?s), un comportement empreint de respect (adab) et une foi inébranlable, peut obtenir :
- Le pardon des fautes par l'intercession du saint.
- L'élévation spirituelle grâce à la baraka liée à cette rencontre sacrée.
- L'accomplissement des besoins par la puissance de la tawassul (intercession pieuse).
Le maître spirituel Shaykh Hady Touré (qu'Allah l'agrée) rappelle cette règle fondamentale :
« Visitez?le (Seydina Cheikh Ahmad Tidiane) dans son sanctuaire, rendez visite à ses représentants et recherchez l'union sincère avec Allah. »
. Conclusion
La Ziar Générale de Serigne Babacar Sy est bien plus qu'une date dans le calendrier. C'est une rencontre avec la lumière des awliy?' (les saints), une opportunité de se régénérer dans l'amour d'Allah et de Son Prophète ?. Puisse cette visite être pour chacun d'entre nous une étape vers la félicité éternelle, une source de paix, et un renouveau de notre engagement dans la voie de la Tij?niyya.
« Qu'Allah agrée notre démarche et nous inonde de Sa Miséricorde. »
— Moulaye Niang
Commentaires 0
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !