Spiritualite

La fin du Ramadan : l'art des adieux et la provision pour l'âme

Le Ramadan s'en va, mais que reste-t-il de lui dans nos cœurs ? Comment prolonger ses lumières jusqu'au mois prochain ? Une méditation sur les adieux, la piété durable et la provision spirituelle à préparer dès maintenant.

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Msn14 · Relu par ibnou
08 March 2026 81 vues 11 min 0 1
 La fin du Ramadan : l'art des adieux et la provision pour l'âme

La fin du Ramadan : l'art des adieux et la provision pour l'âme

« Assez vite, prépare la provision pour la vie future, puisque le mois s'éloigne de nous ! »
— Serigne Babacar Sy (rta)

Chers frères et sœurs,

Il y a dans le cœur du croyant, à l'approche de la fin du Ramadan, un sentiment doux-amer. La joie d'avoir vécu un mois de lumière, et la tristesse de voir s'en aller un hôte si cher. Serigne Babacar Sy exprime cette mélancolie avec une plume déchirante :

« De la séparation de cet aimant ami, l'hôte des aimés de Dieu, les cœurs amoureux s'emplissent de tristesse ! »

Le Ramadan n'est pas un simple rituel. C'est un compagnon. Un compagnon qui éduque l'âme, qui purifie le cœur, qui habitue le corps à la privation pour élever l'esprit vers l'essentiel. Comme le dit si bien El Hadj Malick Sy, c'est une « clinique ambulatoire pour soulager nos cœurs du poison des passions ».

Mais voici que l'hôte s'apprête à repartir. Comment lui dire adieu ? Et surtout, que garder de lui pour les mois à venir ?


Que reste-t-il de Ramadan après Ramadan ?

La question est cruciale. Le jeûne a été prescrit pour atteindre la piété (taqwa). Allah dit dans la sourate Al-Baqara (2:183) :

« Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, afin que vous atteigniez la piété. »

Mais si, après le départ de l'hôte, nous retournons à nos habitudes, nos négligences, nos médisances, qu'avons-nous vraiment gagné ?

Le Professeur Abdoul Azize Kebe nous met en garde :

« Si nous observons le jeûne et qu'à la fin, nous n'avons ni empathie pour les orphelins, ni respect de nos engagements, ni résilience devant les difficultés, notre jeûne a-t-il réussi ou avons-nous échoué ? »

La piété, c'est ce qui reste quand le jeûne s'en va.


Qu'est-ce que la piété ? Une définition coranique

Le verset 177 de la sourate Al-Baqara nous donne une définition lumineuse de la piété :

« La piété ne consiste pas à tourner votre visage vers l'Orient ou l'Occident. Mais la piété, c'est croire en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux Prophètes ; c'est donner de son bien, malgré l'amour qu'on lui porte, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, aux mendiants et pour libérer des esclaves ; c'est accomplir la prière et s'acquitter de l'aumône ; c'est honorer ses engagements ; c'est être patient dans l'adversité, la maladie et les moments de combat. Voilà ceux qui sont véridiques, et voilà les pieux. »

La piété n'est donc pas une affaire de rites extérieurs, mais une grappe de convictions investie en action positive dans la société, pétrie de valeurs morales et d'éthique.

Ainsi, le Ramadan réussi est celui qui nous a rendus meilleurs envers les autres, plus patients, plus généreux, plus fidèles à nos engagements.


Les larmes des adieux : l'exemple des saints

Serigne Babacar Sy, dans un poignant poème sur la fin du Ramadan, laisse couler ses larmes :

« Pour ses adieux, que tes larmes coulent en abondance ; les pleurs qui coulent des yeux sont des témoignages d'amour ! »

Mawlana El Hadj Malick Sy, lui aussi, exprimait son affliction au moment des adieux, s'interrogeant le cœur en tourment, déjà nostalgique des randonnées célestes et des célébrations dans les espaces de la révélation.

Ces larmes ne sont pas faiblesse. Elles sont l'expression d'un amour véritable pour ce mois béni, et le signe d'un cœur vivant.

Mais les saints ne pleurent pas sans agir. Leurs larmes sont aussi des semences pour l'avenir.


La provision spirituelle : que faut-il emporter ?

Le Professeur Abdoul Azize Kebe nous invite à préparer, dès maintenant, notre provision pour les mois à venir. Voici les essentiels à garder précieusement :

1. Le Coran comme feuille de route

Le Ramadan est le mois du Coran, mais sa lecture ne doit pas s'arrêter avec la fin du jeûne. Le Coran n'est pas un livre que l'on récite seulement ; c'est une feuille de route qu'il nous faut déployer dans notre quotidien.

« Il est un guide pour les hommes (hudan li-nnasi), plein de preuves claires dans la bonne direction et de balises pour discerner où l'on met le pas. »

Maintenir une lecture quotidienne, même quelques versets, avec méditation et mise en pratique.

2. La générosité, un état d'esprit durable

Pendant le Ramadan, nous avons goûté à la joie de partager. Cette générosité ne doit pas cesser avec le mois sacré. Le Prophète ? était généreux tout au long de l'année, mais plus encore pendant Ramadan. Inversement, ce que nous avons semé pendant Ramadan doit continuer à fleurir.

« Ceux qui craignent Allah continuent de donner à ceux qui les aidaient auparavant, même si ces derniers ont cessé de le faire. Ils font preuve de générosité sans tenir compte du comportement des autres. »

Garder l'habitude de donner, ne serait-ce qu'un peu, régulièrement.

3. La maîtrise de soi, fruit du jeûne

Le jeûne nous a appris à dompter nos passions : la faim, la soif, la colère. Cette maîtrise doit se prolonger.

Serigne Ahmed Sarr raconte l'histoire du saint homme qui vit en rêve un immense rocher, lequel diminuait à mesure qu'il s'en approchait jusqu'à devenir une petite datte. L'interprète lui expliqua que le rocher symbolisait la colère, une émotion puissante mais contrôlable grâce à la maîtrise de soi.

Allah dit dans le Coran :

« ...qui dominent leur rage et pardonnent à autrui — car Allah aime les bienfaisants. » sourate Al-Imran 3:134

Pratiquer le pardon et la maîtrise de la colère au quotidien.

4. La vigilance sur nos membres

Le Professeur Kebe nous rappelle que nos membres témoigneront contre nous ou en notre faveur au Jour du Jugement :

« Aujourd'hui, Nous scellons leurs bouches, tandis que leurs mains Nous parlent et que leurs jambes témoignent de ce qu'ils avaient accompli. » (Sourate Ya-Sin, 36:65)

Préserver sa langue de la médisance, ses yeux des regards interdits, ses oreilles des paroles nuisibles.

Et si le départ n'était qu'un nouveau commencement ?

Chers frères, chères sœurs, les adieux au Ramadan sont poignants, mais ils ne sont pas une fin. Le Prophète ? nous a enseigné à dire, à la fin du mois :

« Allahoumma la taj'alhu akhira al-'ahdi min siyamina iyyah, fa in ja'altahu faj'alni marhuman wa la taj'alni mahruma. »
(Ô Allah, ne fais pas de ce mois le dernier où je jeûne ; mais si Tu le fais, fais que je sois accueilli dans Ta miséricorde et non privé de Tes dons.)

Nous espérons rencontrer Ramadan encore, année après année. Mais en attendant, nous emportons avec nous ses lumières, ses leçons, ses bénédictions.

Comme le dit Serigne Babacar Sy dans son poème d'adieu :

« Nous cheminons vers Toi, Seigneur, humbles aux pieds nus ; en quête de Ta grâce, de Ta miséricorde, de Tes dons de bonheur !
Nous faisons nos adieux au Ramadan bien-aimé qui nous quitte,
Et le laissons sous la protection de Dieu et Sa grâce ! »


Un engagement pour l'année à venir

Prenons, avant que le mois ne s'éloigne, une résolution sincère :

  • Un verset du Coran à méditer chaque jour,
  • Une aumône régulière, même modeste,
  • Une prière surérogatoire quotidienne,
  • Un effort pour maîtriser sa langue et sa colère,
  • Un pardon à accorder, une rancune à laisser tomber,
  • Un pauvre à nourrir, un orphelin à soutenir.

Ainsi, même après le départ de l'hôte, son esprit demeurera parmi nous. Ainsi, nous marcherons, jusqu'au prochain Ramadan, sur le chemin de la piété.

« Et si la vraie Nuit du Destin était celle de la fidélité ? »


Invocation pour la fin du Ramadan

« Allâhoumma taqabbal minnâ s-siyâma wa l-qiyâma wa s-sâliha min a'mâlinâ.
Allâhoumma j'alnâ mina l-'âitîna wa l-'âidîna wa l-maqbûlîna.
Rabbana hab lana min azwajina wa dhurriyyatina qurrata a'yunin wa j'alna lil-muttaqina imama.
Âmîn. »

(Ô Allah, accepte de nous le jeûne, la prière et nos bonnes actions.
Ô Allah, fais-nous revenir (au prochain Ramadan) et fais-nous accepter.
Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos enfants, la joie des yeux, et fais de nous des guides pour les pieux.
Amine.)


Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah vous accompagnent jusqu'au prochain Ramadan, et au-delà, jusqu'à Sa rencontre.

As-salamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh.

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