Spiritualite

Dabagh Qulûb : Hommage à El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh et appel à la générosité pour la Zawiya de Dakar

À l'occasion du 14 septembre, date anniversaire du rappel à Dieu d'El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, nous vous invitons à découvrir l'héritage spirituel de "Dabagh Qulûb", un modèle de bonté et de générosité, et à participer à la collecte pour la reconstruction de la Zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar.

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Msn14
12 September 2026 186 vues 18 min 0 1
Dabagh Qulûb : Hommage à El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh et appel à la générosité pour la Zawiya de Dakar

As-salamu alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh,

Chers frères et sœurs en Islam,

En ces temps de turbulences que traverse notre pays, il est des paroles qui demeurent, plus actuelles et nécessaires que jamais. Ce sont les enseignements de Mame Abdou Azize Sy Dabagh : des paroles sages, chargées de moralité et de bon sens, qui nous servent de guide et de lumière.

En hommage à cet homme exceptionnel, j’ai intitulé ce texte « Dabagh Qulûb ». Ce titre puise sa force dans la rencontre de deux langues : Dabagh, qui signifie en wolof « celui qui répare, qui rend bon », et Qulûb, les « cœurs » en arabe. Ainsi, « Dabagh Qulûb » désigne littéralement Celui qui purifie et tanne les cœurs.

C’est là le plus bel hommage que l’on puisse rendre à El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, un serviteur dévoué d’Allah, un fidèle disciple du Prophète ?, dont la vie tout entière fut consacrée à la bienfaisance et au partage.

Al-Birr : la bonté pieuse

Notre réflexion s’articule autour d’un concept fondamental de notre religion : Al-Birr, la bonté pieuse. Une notion qui transcende les actes d’adoration pour embrasser l’ensemble de notre existence.

Comme le Coran nous l’enseigne dans la sourate Al-Baqara (verset 177) : la vraie piété ne se mesure pas à l’orientation de notre visage durant la prière, mais à la profondeur de notre foi en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, aux Livres saints et aux Prophètes. Elle se manifeste concrètement par le don généreux de nos biens — malgré l’affection que nous leur portons — aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux et aux voyageurs.

La foi : un édifice aux piliers indissociables

Notre cheminement spirituel s’appuie sur des fondements solides :

  • La foi en Allah, bien sûr.
  • La foi en Son Messager, comme Allah nous l’ordonne :

    « Prenez ce que le Messager vous donne, et abstenez-vous de ce qu’il vous interdit. »
    (Sourate Al-Hashr, verset 7)

  • La foi aux Livres Révélés, notamment Al-Qur’an, Al-Fourqane — cette Guidance par excellence descendue sur le cœur de notre Bien-aimé Prophète Mouhammad ? par l’intermédiaire de Jibrîl (Gabriel).

La véritable essence du partage

Pourtant, dans notre quotidien, la véritable essence du partage est souvent mise à l’épreuve. Une réflexion me vient à l’esprit : souvent, nous sommes sollicités par des proches ou d’autres personnes pour de l’aide. Et nous nous disons : « Non, pas cette fois-ci, je l’ai déjà aidé la dernière fois. » Ou encore : « Il me demande encore de l’argent, mais non, pas maintenant. »

Nous pensons parfois qu’une personne peut subvenir à nos besoins. Mais le jour où cette personne n’est plus là, nous comprenons qu’elle n’avait pas toujours les moyens. Nous réalisons alors, douloureusement, que nous devions nous adresser au vrai Pourvoyeur, au Créateur, Celui qui détient toute chose, qui n’a besoin de rien, Celui que nous sollicitons sans qu’Il n’ait jamais besoin de nous : As-Samad.

Tournons-nous entièrement vers Allah, Soubhanahu Wa Ta’ala. Mais si nous avons la possibilité d’aider les autres, nous devons le faire, comme Allah le recommande dans le Coran :

« Allah aime les bienfaisants. »
(Sourate Al-Baqarah, 2:195)

« Certes, Allah commande la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. »
(Sourate An-Nahl, 16:90)

« Ceux et celles qui font des aumônes et qui ont fait à Allah un bon prêt, cela leur sera rendu au double, et ils auront une généreuse récompense. »
(Sourate Al-Hadid, 57:18)

Il est important de comprendre qu’Allah donne par l’intermédiaire des hommes. On dit : « Remercie celui par qui Allah t’a fait parvenir ce que tu as reçu. » Celui qui donne ne doit pas penser détenir le monopole de la richesse ; dans ce qu’il possède, il y a une part destinée aux autres.

Al-Habib Mustafa ?, l’exemple parfait

Le meilleur des guides, celui qu’Allah nous a ordonné de suivre, Al-Habib Mustafa ?, en est l’exemple parfait.

Pour l’illustrer, El Hadji Ibrahima Sakho nous rapporte cette histoire :

Un jour, alors qu’il cheminait avec un compagnon, ils entendirent au loin un appel, comme une voix qui criait : « Au secours ! Au secours ! »

Le compagnon du Prophète tourna la tête à gauche, puis à droite, sans rien voir. L’appel se fit entendre une seconde fois, puis une troisième. En scrutant l’horizon, son regard se porta finalement vers un arbre au loin, sous lequel un homme était allongé. Le compagnon comprit que l’appel venait de là.

En arrivant près de l’arbre, ils découvrirent un chasseur endormi et une biche attachée. À leur approche, la biche s’adressa au Prophète : « Ô Mohammed ?, c’est moi qui t’ai appelé à l’aide. Tu es le sauveur de ceux qui sont dans le besoin, en ce monde comme dans l’au-delà. Ce chasseur m’a capturée ce matin. Il ne m’a ni libérée ni tuée, mais mes mamelles sont pleines de lait. Je t’en prie, libère-moi afin que j’aille nourrir mes deux faons. »

Le Prophète lui demanda : « Si je te libère, peux-tu me promettre de revenir ? »

La biche répondit : « Ô toi, Messager d’Allah, qui oserait te trahir ? Si je te trahissais, qu’Allah me châtie du plus sévère des châtiments. »

Le Prophète la libéra. La biche se leva et partit au galop vers ses petits. Lorsqu’elle arriva, le premier faon se mit à téter. Mais le second, bien qu’affamé, lui dit : « Maman, le Prophète ? que tu as laissé sous le soleil m’importe plus que ma faim, retourne auprès de lui ! »

Aussitôt, la biche retourna vers l’arbre. Au moment où le Prophète et son compagnon s’apprêtaient à la rattacher, le chasseur se réveilla. Il interrogea le Prophète : « As-tu besoin de cette biche ? » Le Prophète lui répondit : « J’aimerais que tu la libères. »

Le chasseur dit : « Je l’ai déjà libérée dans mon cœur. Quand je l’ai attachée, elle a levé un pied et a dit : Ach-hadu an là ilâha illallâh (Je témoigne qu’il n’y a point d’autre divinité qu’Allah). Puis elle a levé l’autre et a dit : Ach-hadu anna Mouhammadan Rassoûloullâh (Je témoigne que Mohammed est le Messager d’Allah). C’est à cet instant que je l’ai libérée. »

Ce récit, rapporté par El Hadji Ibrahima Sakho, est un exemple émouvant de la bienveillance du Prophète ? et de la reconnaissance même des animaux envers sa sincérité et sa prophétie.

El Hadj Malick Sy, comme à son habitude, résume cela brièvement par un vers de Khilassou Zahab :

« L’iguane et le chacal ont témoigné de son message, de même que la biche fortement liée par le chasseur. »
(Chapitre 28, verset 20)

La générosité incarnée : l’héritage de Dabagh Qulûb

Lorsque nous évoquons la figure du Prophète ?, il est essentiel de citer l’exemple de ceux qui ont suivi sa voie. Après avoir mentionné le père, El Hadji Malick Sy, parlons à présent du fils : un homme d’une générosité incommensurable, connu sous le surnom de « Dabagh » — qui signifie en wolof « le bon, le généreux ».

Ce surnom a fini par éclipser son véritable nom, Abdoul Aziz Sy, tant sa réputation de bonté était grande. On raconte que dès qu’on venait le solliciter, il donnait sans hésiter. Il disait souvent : « Attendons ensemble qu’Allah vienne », avant de sortir pour offrir ce qu’il pouvait. Interrogé sur sa générosité, il répondait : « Je ne suis qu’une poste, et la poste ne garde pas le courrier. »

Un jour, un homme vint rendre visite à El Hadj Abdoul Aziz « Dabagh » et lui offrit un beau bélier ainsi qu’une somme d’argent pour la Tabaski. Ce dernier le remercia chaleureusement. Peu après le départ du visiteur, El Hadj Abdoul Aziz appela son fils — l’actuel recteur de l’université de Tivaouane, Serigne Mbaye Sy Abdou — et lui demanda de porter le mouton et l’argent à une autre personne.

Le fils obéit sans tarder. En chemin, il croisa l’homme qui venait de faire le don. Celui-ci, étonné, lui demanda : « Serigne Abdoul Aziz n’a donc pas apprécié mon cadeau ? » Sans se démonter, le fils poursuivit sa mission et remit le bélier et l’argent à l’homme désigné. Ce dernier, reconnaissant, s’exclama : « Remercie ton père, grâce à lui je vais pouvoir fêter la Tabaski ! »

Or, par un hasard providentiel, cet homme n’était autre que le père de celui qui avait offert le bélier à Dabagh. De retour auprès de son père, le fils, plein d’étonnement, lui demanda : « Père, comment as-tu su que ce mouton était destiné au père du donateur ? »

El Hadj Abdoul Aziz répondit avec humilité : « Je ne le savais pas. C’est Allah qui m’a guidé pour que je ne consomme pas ce qui revenait de droit à autrui. »

Voilà un autre exemple de la bienveillance et de la droiture de Cheikh Serigne Abdoul Aziz « Dabagh », surnommé également « Quarante ans zéro faute ». Homme respecté et aimé de tous, sans distinction de confrérie ou d’origine, il incarnait l’unité et la bienveillance.

La bonté en action : la leçon du pardon

Parmi ceux qui ont incarné ces enseignements avec une grâce particulière, notre vénéré guide El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabb?gh — qu’Allah l’accueille dans Son Vaste Paradis — demeure un phare lumineux.

Homme au timbre vocal enchanteur lorsqu’il récitait le Coran, personnalité à la chevelure noble et au cœur immense, il ne cessait d’appeler au bien par la parole et par l’action.

L’anecdote suivante résume admirablement sa sagesse :

Un jour, un homme l’avait publiquement offensé. Plutôt que de réagir avec colère, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh invita son fils à l’accompagner en voiture — sans lui révéler leur destination — après y avoir chargé d’importantes provisions.

Durant le trajet, il posa doucement sa main sur sa bouche en murmurant les versets 33 à 36 de la sourate Fussilat :

« Et qui profère de meilleures paroles que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et dit : “Je suis du nombre des Musulmans” ? »
(Verset 33)

« La bonne action et la mauvaise action ne sont pas égales. Repousse [le mal] par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais ceci n’est accordé qu’à ceux qui endurent, et cela n’est accordé qu’à celui qui jouit d’une grâce immense. »
(Versets 34-35)

« Et si jamais le Diable t’incite à agir [autrement], alors cherche refuge auprès d’Allah. C’est Lui, vraiment, l’Audient, l’Omniscient. »
(Verset 36)

Quelle ne fut pas la surprise de son fils lorsqu’ils arrivèrent chez l’homme qui l’avait offensé ! El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh lui offrit toutes les provisions qu’il avait apportées et… lui demanda pardon.

L’héritage spirituel : notre feuille de route

De cet enseignement vivant, retenons ces principes essentiels :

  • Rendre le bien pour le bien — une évidence.
  • Rendre le bien pour le mal — la véritable grandeur d’âme.
  • Secourir toute personne dans le besoin — sans distinction.
  • Cultiver des pensées positives envers tous les croyants.
  • Souhaiter à son frère ce qu’on souhaite pour soi-même.

Un appel à la générosité : la reconstruction de la Zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar

En ce 14 septembre, jour anniversaire du rappel à Dieu de El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, nous souhaitons également relancer la collecte destinée aux travaux de reconstruction de la Zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar.

Ce haut lieu spirituel, fondé par Cheikh El Hadj Malick Sy, est une institution majeure de la Tidjaniya au Sénégal. D’une simple case en 1905, puis d’une baraque en bois en 1909, elle fut remplacée par un modeste bâtiment en dur en 1927. En 1975, un grand édifice fut construit à l’initiative d’El Hadji Djily Mbaye, avec l’accord de l’imam ratib El Hadji Seydou Diop et l’autorisation de feu El Hadj Abdoul Aziz Sy, alors Khalife général des Tidianes.

Dabakh y rassemblait les fidèles aux moments cruciaux pour les inviter à revenir à Dieu. Il présidait lui-même le gamou de la Zawiya, avant de confier cette charge à son fils, Serigne Mbaye Sy Mansour. Aujourd’hui, sous l’impulsion du Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, la Zawiya a été fermée le 9 janvier dernier, puis rasée pour laisser place à un vaste projet de rénovation. Les travaux ont été confiés à l’association Jama Atoun Nour Assouniya, dirigée par Mouhamadou Makhtar Cissé. En attendant, les activités religieuses — les cinq prières quotidiennes, la Wazifa et la Hadaratoul Djumah — sont transférées à la mosquée de la rue Blanchot, sous la direction de l’imam Rawane Mbaye.

Ce 14 septembre, en mémoire de Dabakh et de son œuvre, nous appelons donc à la générosité de tous pour soutenir la reconstruction de ce patrimoine spirituel et culturel. Que chacun, selon ses moyens, contribue à redonner à la Zawiya son lustre d’antan, afin qu’elle continue de rayonner pour les générations futures.

Encadré : Comment participer ?

Pour soutenir la reconstruction de la Zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar, vous pouvez :

  • Contacter le comité de gestion de la Zawiya.
  • Vous rapprocher de l’association Jama Atoun Nour Assouniya, en charge des travaux.
  • Participer aux collectes organisées à l’occasion du Gamou et des grandes célébrations religieuses.
  • Faire un don, selon vos moyens, en espèces ou en nature.

Chaque contribution, si modeste soit-elle, compte. Ensemble, redonnons vie à ce lieu de mémoire et de spiritualité.

Conclusion

Que ses paroles nous guident sur le droit chemin. Suivons son exemple : soyons bons, soyons généreux. La bonté ne se limite pas à l’argent ; elle peut aussi être une prière, un bon conseil, un sourire ou une parole réconfortante. Ces gestes, si simples, font toute la différence.

Qu’Allah nous accorde la force d’incarner cette noble bonté dans nos vies quotidiennes.
Qu’Il fasse de nous des héritiers authentiques de cette tradition spirituelle exemplaire.

Soyons bons. Soyons généreux. Soyons des « Dabagh Qulûb ».

Wa salamu alaykum wa rahmatullah.


Mouhamed Lamine Ndiaye /Mamadou Saliou Niang

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